En sus brazos

(3e de la série que je décensure)
Publié le avril 10, 2008 par Tassili | Modifier

Le tango, c’est d’abord et surtout une question d’abandon, comme le disait justement Intellexuelle en commentaire à mon précédent billet (j’y reviendrai), mais c’est aussi la sensation enivrante d’embrasser l’énergie vitale d’un partenaire, de partager dans une étreinte beaucoup plus que des pas de danse. Danser le tango, c’est offrir à son partenaire une vue plongeante sur toutes ses peurs, ses tensions et ses insécurités, sa sensualité aussi, évidemment. Vertigineuse intimité.

Trait de moustache à la Clark Gable, pantalons de bonne coupe style années 40, sourire rare mais éblouissant, B a l’embrasse cartésienne et tendre. Une étreinte qui sait, qui pardonne et encourage, petit baiser d’encouragement sur la joue, sourire à chaque figure réussie. Dans ses bras, je me sens petite et ravissante, et aimée aussi, oui.

Avec C, Américain défroqué venu à Montréal après avoir pété les plombs à Paris, doté d’une ossature de poussin musclé, fringues délirantes à la Magic Circus, sourire craquant et regard intense, c’est autre chose. Il répète ses pas toute la semaine «Juste pour toi, C., il faut vraiment que tu danses avec moi, tu veux bien?» Bien sûr, que je veux bien. Sa tension saccadée lui enlève de la fluidité, mais il pratique encore et encore avec un plaisir et une concentration tellement évidents qu’ils en sont contagieux.

Avec D, ça tourne à la pratique zen : 70 ans, raide comme un bâton de gendarme, il préfèrerait de loin regarder Rome à la télé et ne se donne pas vraiment la peine de le cacher. Il ne danse jamais avec sa femme, gracieuse danseuse asiatique au visage impénétrable, et sa fille est prof de tango à Buenos Aires. Quand je sors de ses bras, je suis tellement tendue que celui qui hérite de mes pas crispés en reste tout surpris.

Et puis il y a E, dont je vous ai déjà parlé : je l’évite à tout prix parce que j’aime trop ses bras, son énergie qui me propulsent dans un état second que je refuse de toutes mes forces- avec lui, en tout cas. Et pourtant, il ne me ménage pas : il commente et critique chaque faux pas, chaque manque, et s’arrête pour les souligner, ce qui me laisse à chaque fois inquiète et au bord de la pâmoison frustrée. Autant que possible, je ne le montre pas, et je désire autant que je crains ses invitations.

Enfin, il y a F, probablement gay, (ça se demande, ça? probablement pas) , petit, une musculature et une grâce de danseur – ce qu’il est, m’a-t-il appris après plusieurs séances délicieusement aériennes . Avec lui, je peux enfin me laisser aller, je tripe et je respire à l’aise, à l’abri du désir et de ses désordres. Quand il est content de nous, il laisse échapper un tout petit rire soupiré-roucoulé, à peine audible, qui fait fondre mon coeur de nougat.

Et tout à coup, regard impérieux qui me rappelle quelque chose. Il est gay, lui? Ouh là, j’espère bien.

Dans leurs bras, je me suis découvert une grâce que je ne me reconnaissais pas.

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