Le coeur à l’envers

Extrait d’un article de Pierre Foglia, paru le 18 novembre dans La Presse :

Merci au Nebraska…
Depuis le début des années 2000, les 50 États américains se sont dotés d’une Safe Haven Law, un refuge où les mamans qui ne veulent pas de leur bébé peuvent l’abandonner, no question asked, tu sonnes à la porte, tu donnes la chose vagissante à la dame qui est là, tiens madame, j’en veux pas. Et tu t’en vas.

Dans une quinzaine d’États, pour être accepté, le nouveau-né doit avoir moins de 72 heures. Dans l’État de New York, l’enfant ne peut pas avoir plus de cinq jours, une semaine en Illinois, deux semaines en Virginie, un mois dans une autre quinzaine d’États dont le Vermont et le Maine, on comprend que ce sont essentiellement des refuges pour nouveau-nés qui, dans la plupart des cas, seront donnés en adoption.

Le Nebraska est le dernier État à avoir adopté une Safe Haven Law, en juillet dernier. Mais c’est aussi le seul État qui a oublié de fixer un âge limite.

Les conséquences de cet oubli sont assez stupéfiantes : presque la totalité des 34 enfants abandonnés dans le refuge officiel du Nebraska depuis juillet ont plus de… 10 ans ! La presse nationale américaine fait grand tapage ces jours-ci d’une mère qui est partie de Floride pour se débarrasser de son fils de 12 ans au refuge du Nebraska. Il y a eu aussi une jeune fille de 14 ans. Il y a eu ce couple de l’Arkansas qui a porté ses quatre enfants au refuge. Quatre d’un coup. Paraît qu’ils ont embrassé l’asphalte de l’aérodrome en arrivant à Lincoln (la capitale du Nebraska).

Voilà tout à coup que le Nebraska, cet obscur État dont on ne parle jamais, soulève un immense intérêt. Un immense espoir aussi. Des milliers et des milliers de parents d’ados dans toute l’Amérique et même dans le monde entier rêvent ces jours-ci du Nebraska. Pas d’enquête, pas de travailleuse sociale, pas de question, tu conduis la bête au Nebraska et ça finit là. Fi-ni.

On me dit que l’association des parents catholiques de mon comté (Brome-Missisquoi) est en train d’organiser un convoi vers le Nebraska. Je viens moi-même de téléphoner à ma fille (42 ans) pour lui demander si elle voulait passer les fêtes de Noël avec son papa, on irait à Lincoln.

C’est où ?

Au Nebraska, ma grande…

Je peux-tu emmener mes filles ?

Certain !

6 Commentaires

Classé dans C'est la vie

6 réponses à “Le coeur à l’envers

  1. Ce qui est incroyable, c’est qu’au 21e siècle on puisse rédiger un texte de loi pareil en omettant un « détail » aussi important que l’âge. Surtout, qu’il n’y avait qu’à faire un copier-coller des autres états.
    Ce qui est incroyable également, c’est que des gens avec si peu de cervelle se soient rendu compte de cette omission et en profitent.
    Aussi triste que tout celà soit, ça me fait quand même bien marrer.
    Bien à toi
    verO

  2. Nous en avons tous rêvé, le Nebraska l’a fait!

  3. …devrait y avoir le même genre d’endroit pour que les kids avec des parents morons puissent les amener là. Ça pourrait ressembler à un terrain de golf paradisiaque, ou à un centre d’achat avec la boisson à volonté. Le kid prie ses parents de l’amener et…
    Quand on y pense un peu, on arrête de penser. Comme dans « auto-défense ».

  4. pauvres gosses,pauvre Amérique,en arriver là semble à peine croyable.quand certains penseurs disent que le fibre maternelle est moins forte qu’on ne le pense…

  5. Tiens, moi qui n’ai pas beaucoup d’heureux souvenirs d’enfant, je trouve que c’est une excellente idée que certains parents se débarrassent de leurs enfants.

    Entre rester absolument avec un parent qui ne veut pas de toi et avoir une deuxième chance, je prend la deuxième chance. Anytime.

  6. talonsrouges

    @delimoon : je ne suis pas sûre que ça ait été une omission. En tout cas, depuis un mois, tout est gelé, aucune adoption possible, le Sénat doit se prononcer sur la question.
    @intellex, alain, anita, blonde: en tout cas, il semble bien que le besoin soit là! D’accord pour la 2e chance, je crois bien que j’en aurais moi aussi bénéficié. Qu’est-ce qui aurait mieux valu : le traumatisme brutal de se faire dire qu’on ne vaut rien (et ne me dites pas qu’un gamin de 14 ans a toutes les chances de retrouver un foyer aimant) ou des années de thérapie?

    Frileusement, je penche pour la 2e solution, qui m’a pourtant coûté bonbon.

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