I hate Tango

Je déteste le tango. Si.

Plus exactement, je le déteste aussi fort que je l’aime.

Le tango, c’est la passion – la passion, pas l’amour. Oui, l’exaltation, l’abandon, l’orgasme vertical, le 3-minute affair. Oui, il y a des moments de pure joie, de feux d’artifice, d’exultation du coeur et du corps, les jaillissements sublimes de Tango Bliss et les lacs méditatifs de Tango Zen, mais…

Où est-il écrit que la passion était une émotion positive? C’est aussi l’insécurité, l’inconfort, l’angoisse, la colère, la jalousie, la haine même, ou quelque chose de sombre et furieux qui y ressemble et que je sens surgir en moi comme un torrent fâché.

Il paraît que la danse n’influence pas ce que l’on est, mais que l’on danse avec tout ce que l’on est. J’aime et je déteste le tango pour toute l’intensité qu’il me révèle de moi-même.

Je ne comprends pas tout encore, et je ne sais pas si je comprendrai un jour. Je ne comprends pas comment quelque chose d’aussi physique peut à la fois être aussi émotif. Je ne comprends pas le sentiment d’amour profond que je ressens dans les bras d’un partenaire qui ne m’a pourtant pas dit un mot mais me communique toute la tendresse du monde à travers sa façon de me guider. Je comprends encore moins la tristesse profonde qui me saisit dans les bras d’un partenaire à l’embrasse distante, impatiente ou pire- dégoûtée.

Je ne comprends pas le raz-de-marée de bonheur que je peux ressentir dans les bras d’un parfait inconnu, mais encore moins le crève-coeur, l’incapacité subite de suivre tous les partenaires qui suivent quand celui qui a précédé m’a fait sentir comme un sac poubelle trop rempli, à toucher le moins possible. Tout d’un coup, mon corps ne sait plus rien, ne sait plus mettre un pas devant l’autre, ne comprend plus le langage de l’autre. Je deviens une illettrée du corps. J’arrête de danser, je me déchausse vite-vite, et je m’enfuis comme Cendrillon vers sa citrouille.

En tango, je me sens une Drama Queen compliquée, fragile et névrosée.

Bien sûr, il y a aussi les moments où ma Drama Queen est fougueuse, vibrante et musicale. Ça représente 10 % de mon tango, en ce moment. Pour ce 10 %-là, je serais prête à danser jusqu’au bout de la Terre. Mais si je pouvais trouver un moyen de ne pas me laisser décourager par les 90 % qui restent …

17 Commentaires

Classé dans C'est la vie

17 réponses à “I hate Tango

  1. Bonjour Tassili,
    En passant, je me dis que peut-être ton corps n’a-t-il plus envie de tanguer pour le moment? Des fois nous allons ou voulons aller trop vite, sans se laisser le temps, et le corps nous rappelle toujours que c’est lui qui guide… La valse instead?
    Des bises
    Julie

  2. talonsrouges

    @Julie: le coeur n’a peut-être plus la tête à danser, et donc le corps ne suit plus? Possible… La capoeira, plutôt que la valse alors, danse combat pour exorciser la rage, d’où qu’elle vienne? On verra…

  3. fossette

    Bonjour,
    je viens ici incognito depuis longtemps sans laisser de trace. Je me décide aujoud’hui à un petit commentaire… Tu écris magistralement ce que je ressens confusément, et que je n’exprime pas car je n’ai pas ton talent et pas de blog, mais j’ai ma même passion dévorante, douloureuse et compliquée avec ce fichu tango… Par la force des choses, je m’en protège sans doute un peu mieux que toi, et… j’en souffre sans doute un chouia moins que toi… Merci pour tout.
    Fossette

  4. talonsrouges

    @fossette: Bonjour, bienvenue et merci pour le compliment! Comment fais-tu, « par la force des choses », dis-tu, pour t’en protéger? Même un chouïa, je suis preneuse!🙂

  5. fossette

    J’ai l’heur d’habiter un lieu presque totalement vierge de tango argentin… Pour m’adonner à ma passion -aussi bien prendre des cours que pratiquer-, je dois faire de nombreux km, ce qui me coûte des fortunes (et ça va pas aller en s’arrangeant ma bonne dame, vu le prix du pétrole), me prend un temps infini en déplacements et une énergie collossale, sans compter le manque à gagner du temps non travaillé pour danser à la place… Cet état de fait me désespère par moment, (même très souvent) car la frustration est grande de ne pas pouvoir « avoir ma dose », ne pas pouvoir me vautrer dans la fange du tango, danser tous les jours, tous les week-ends, m’y noyer. Au lieu de cela, je distille une minuscule demi-journée de tango par semaine dans un quotidien sans tango… Et… c’est cela qui me protège… cette impossibilité…
    Je pourrais plaquer ma vie ici pour le tango, déménager, recommencer ailleurs, là-bas, là où on danse… Mais je sens très fort que la frustration qui est la mienne en ce moment serait toujours présente, voire pire (10% de bonheur contre 90% de souffrance pour toi, ça ne me fait pas envie!!!) car j’ai aussi le bonheur d’avoir une famille ici, un homme que j’aime, un métier et un environnement agréable. Et mon choix est évident… nous avons -non sans mal- trouvé un modus vivendi, et je remercie les miens tous les jours de me protéger de moi-même tout en acceptant ma passion…

  6. talonsrouges

    @fossette : ah oui, évidemment… mais moi, je vis à Montréal, un des endroits où on peut danser le tango tous les jours si on veut! C’est un privilège et un sortilège, dont je ne me déprendrai pas aisément. J’ai quand même pris une décision : pas de tango pendant 10 jours, pof, à sec! On verra la semaine prochaine si je me suis décrispé le pompon… je vous en redonne des nouvelles.
    Une demie-journée par semaine? Ouff, c’est pas beaucoup, ça… mais ça suffit sans doute à vous garder les pieds sur terre et le coeur à l’abri?

  7. C’est curieux. À la première lecture, évidemment qu’on sent toute l’ambivalence de ce tango entre toi et toi. Et puis en relisant, on remplace Tango par le prénom d’une homme, et on voit à quel point toute la force de cette marée est bien réelle, comment et combien cela se transpose parfaitement. Le tango est peut-être un ersatz masculin à travers lequel on se donne sans compter, pour lequel on vivrait nue et d’eau fraîche, et duquel naîtrait tous les désarrois amoureux du monde… à partager avec ces autres qu’on sait toujours là, même sans les avoir invité ! Intense, en tout cas !
    L’image qu’il m’en reste, c’est le soleil, finalement. Chaud, nécessaire, présent, bienfaiteur… mais impossible à saisir autrement que pour en crever.

  8. talonsrouges

    @intellex : ah que je vous aime!
    À défaut d’avoir UN homme dans ma vie, j’en ai plusieurs, mais la preuve, ça n’est pas plus tranquille!
    Et le soleil… oui, c’est ça, exactement.

  9. fossette

    10 jours sans tango??? Est-ce possible, quand la tentation est permanente et l’offre multiple et à portée de main?
    Ma maudite minuscule « demi-journée » est une bénédiction, oui, elle me permet de garder la mesure, le mec, la tête sur les épaules, les pieds sur terre, tout en m’accordant tout de même le plaisir, le frisson, le vertige, le rêve, le désir…
    Au prix de cette ambivalence permanente… saloperie d’addiction…

  10. talonsrouges

    @fossette : oui, oui, c’est possible. Enfin… j’étais déjà en train de négocier avec moi-même : pourquoi ne pas aller ce soir dans un endroit où je ne suis jamais allée? ;-0))
    Addiction, le mot est lâché. Où ai-je mis les pieds?

  11. Mazsellan

    Ah que j’ai dont hâte de reprendre mes cours de danse..😉

    J’ai déjà suivi un cours d’initiation au tango et j’avais adoré. Il ne me manquait que LA bonne partenaire parce que oui, je l’ai ressenti la fouge d’un orgasme dansé… mais je ne voulais tellement pas me laisser aller.

  12. talonsrouges

    @Mazsellan : Ah oui, reprenez donc! LA bonne partenaire va vous trouver, vous verrez… et n’oubliez pas de vous laisser aller, même si ce n’est pas avec ELLE! On devient un bon danseur(danseuse) justement quand on arrive à donner un peu de cet espèce d’amour universel/inconditionnel… le temps d’une danse!
    Et oui, le reste du temps, on peut souffrir, aussi…

  13. la_novia_del_mar

    Tu as touché la particularité du tango que je trouve la plus mystérieuse et fascinante: le paradoxe ! On doit s’abandonner, mais dans le même temps contrôler son corps ; on doit être active mais aussi passive ; avoir de la technique, mais aussi du sentiment. On l’aime et on le déteste pour sa complexité, pour l’infinité de choses qu’on pourrait faire sur une phrase musicale, mais qu’on ne fait jamais.

  14. Un très beau texte sur lequel je tombe par hasard. J’espère que cette passion te fait moins de mal.Pour moi le Tango c’est la vie, avec ses difficultés et la recherche du bonheur, ce n’est pas facile. Par contre les moments de plaisirs m’aident pour les moments plus difficiles. Et dans le Tango c’est pareil, les rencontres y sont différentes, et heureusement, les tandas sont parfois intenses en émotion, à ce moment là j’aimerais presque quitter la milonga pour conserver dans ma mémoire ce ressenti. Mais je suis milonguero alors j’aime le Tango, et pour ne pas le détester je n’en fait pas une grande consommation, mais juste quand j’en ai envie. Comme le chocolat …🙂

    • talonsrouges

      @Pierre: cette douleur allait avec un bobo au coeur qui s’est fait plus tendre… ça va mieux. Bien aimé votre mini-portail tango, mais pas d’endroit où vous l’écrire!

  15. La plaie au cœur s’est refermée, tant mieux, j’espère que la cicatrice n’est pas trop visible…Merci pour les remarques dont j’ai pris note en permettant les commentaires dans les pages du blog.

  16. talonsrouges

    @ Pierre : tout va bien, les cicatrices ne sont plus que de légères griffes, jolies, comme le passage du temps. Pas vu la permission de commentaires?

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