Amour, convenances et dépendance

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C’est chaud, une famille. Ça fait du bruit, ça se chicane, ça vous a placé pour de bon dans la boîte «Mère Teresa» ou «fouteuse de merde», et quoique vous fassiez, ça n’en démord pas.

Ça s’engueule toute l’année pour de vieilles casseroles qu’on traîne encore des décennies plus loin. Ça se retrouve quand même au pied d’un lit d’hôpital ou autour d’une bûche, et dans le fond, on est bien content qu’il existe au moins quelques personnes sur Terre qui savent vraiment d’où on vient, même si des fois, ils font semblant – ailleurs- qu’ils viennent d’ailleurs.

Quand on émigre, elle est loin, la famille, et on essaie fort-fort de s’en retricoter une autre, aussi dysfonctionnelle que la nôtre, si possible, en commençant par celle de l’ex-Homme extraordinaire.

On les aime, on veut tellement-tellement qu’ils nous aiment, et on fait tout pour ça, ne serait-ce que pour nourrir les liens familiaux du Chaton-Fiston. Sauf que la notion de famille étant toute relative, elle ne se vit pas à la même température sous toutes les latitudes , et qu’un divorce, ça a tendance à vous rafraîchir sérieusement l’atmosphère.

Dans celle-ci, tellement waspNever explain, never complain – vous avez tellement l’air de la mésadaptée socio-affective que vous êtes en réalité (le mot n’est pas de moi, mais pour une fois, je me permettrai de ne pas citer mes sources), l’espoir que ces gens beaux, brillants et à qui tout ou presque (et ils comptent d’assez beaux presques) semble réussir vous acceptent dans leurs rangs semble assez mince, mais on veut tellement y croire!

Parce qu’on est une émigrée toute seule de son espèce, avec une seule pousse et sans racines, on continue quand même, on rame, on entretient, on cadeaute, on bise et on chocolate, par amour pour le Chaton, mais aussi, il faut bien le dire, parce qu’on est sérieusement en manque de chaleur familiale, et qu’on a besoin de prouver qu’on est une brave fille quand même, malgré l’accent.

Et puis… et puis le temps passe, et puis le Chaton grandit, et puis on se tanne de chercher de l’amour à tout prix là où finalement, il n’y avait qu’une distance polie, et somme toute cordiale – c’est-à-dire à peu près aussi signifiante qu’avec notre comptable (et encore, je crois bien qu’il est possible de voir son comptable pas mal plus souvent, et de temps en temps, de le trouver pas mal rigolo).

Ça se fait de dire «Non, merci, je ne peux pas cette année», et de gentiment, faire semblant que c’est vraiment en dehors de notre volonté, mais…? De continuer à faire un peu semblant, en prétendant que c’est une question de circonstances, mais tout doucement, glisser sans douleur vers la distance permanente?

Alors ça se peut? Donc plus de cadeaux de convenance (hé que j’hayis les calendriers que je ne sais jamais où mettre!), plus de thé annuel de Noël où on reçoit LA visite de l’année, parce que le reste du temps, comprenez, «on mène tellement une vie de fous, on est tellement occupé, mais on aimerait tellement ça vous voir plus souvent!» Yeah, sure.

On ferait à peine-un tout petit peu semblant, et on copierait la recette Never explain, never complain?

Mmm, why not – finalement, est-ce que que ça se pourrait, même, qu’on y gagne au change? Pas de famille, bon, mais des amis, des vrais, des bons? Bah… on veut bien accommoder raisonnablement, tiens.

So, I will not explain, and certainly not complain – je vous ai tant aimés que je vous écris aujourd’hui un Au revoir que vous ne lirez jamais.

6 Commentaires

Classé dans C'est la vie

6 réponses à “Amour, convenances et dépendance

  1. Denis T.

    Well. Comment dire?
    C’est Sylvain Lelièvre qui, un jour, a chanté que son seul pays, désormais, c’était la musique (Lettre de Toronto, de mémoire).
    Contre la déliquescence des attachements familiaux, quoi opposer? sinon… les sentiments de ceux, amis, collègues, voisins, connaissances qui nous ont ‘adopté’ comme faisant partie des leurs.
    Dans le fjord du Saguenay, il y a des arbres qui poussent à même la paroi verticale qui plonge dans les eaux sombres. Ceux-là m’inspirent plus que n’importe lesquels autres qui profitent outrageusement dans les parcs municipaux du sud, gorgés de soleil, bichonnés et tout…
    On vient de nos amours, c’est certain. On revient toujours au centre, d’où tout part, encore et encore.

  2. Et on devient adulte… ce qui est beaucoup moins flamboyant qu’on ne le rêvait, mais tellement plus peinard. Avec un clan d’élection.
    Des bises. Plein.

  3. Denis T., Anita: Eh oui, c’est comme ça qu’on devient adulte. Avec des copains. Pas une foule, mais une solide poignée! ;-))

  4. Quel beau texte Tassili… Et moi de m’en aller acheter du thé, des petits biscuits, et… tiens, une bougie pourquoi pas. Damned.

  5. Merci Boudoir… et bon thé/biscuits/bougie! (dans le bain, c’est encore meilleur, avec une assez délicieuse nuance de décadence )

  6. Et puis, les vrais copains, on se les gagne à la mesure de nos désirs et envies réciproques. Sans obligations, ce qui est la seule façon d’apprécier le désir.

    Sans compter qu’on se donne du lousse en masse sur la compréhension des aléas des uns et des autres!

    Ça vaut de l’or.

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