À la porte de la Casbah

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Femme en haïk blanc

Je me fais dire, ici et là, que je devrais écrire plus souvent, que ça fait longtemps…

C’est vrai, et pour une raison simple: je n’ai rien d’intéressant à dire. Ceux et ceusses qui me connaissent dans la «vraie» vie manquent de s’étrangler de rire en entendant ça: je le confesse, je suis une solide bavarde.

Or, si je n’ai aucun scrupule (ou pas beaucoup – pas assez?) à penser tout haut, à me servir des oreilles de mes patients amis comme d’un sounding board pour savoir ce que je pense vraiment de quelque chose, à évaluer à voix haute les multiples opinions contradictoires que je peux avoir sur une question, il en va tout autrement à l’écrit.

Dire des conneries, c’est une chose. En écrire, mmm… le moins possible, s’il vous plaît.

Tenez, prenez les accommodements raisonnables: moitié française moitié algérienne, une moitié de ma famille est musulmane et l’autre catholique (et je ne compte pas les juifs épousés ici ou là). Pour compliquer le tout, j’ai une tête et depuis 20 ans, un nom, d’Irlandaise. J’ai grandi en Algérie, après l’indépendance (non, je ne suis pas pied-noir), et j’y ai vu la montée de l’intégrisme, de première main. L’intégrisme, je vous le dis, n’est pas, dans ma famille en tout cas, du côté qu’on croit.

Comment écrire quelque chose d’intelligent là-dessus alors que ma tête me dit plein de choses et mon coeur plein d’autres?

Comment rester rationnel quand l’expérience contredit la raison?

Un jour, je raconterai peut-être les femmes rasées, leurs jambes passées au mercurochrome parce que leur jupe était trop courte. Et les femmes en haïk, avant qu’on importe le foulard ou le niqab – qui n’existaient pas en Algérie. Et la fois où on a manqué de se faire lapider parce qu’en plein Ramadan, je mangeais une pomme dans une ruelle de la Casbah – j’avais 8 ans. Et le copain de ma tante, en visite en Algérie: passeport confisqué, album des Beatles aussi jusqu’à ce qu’il se fasse couper les cheveux (mais on n’a jamais revu les Beatles à l’influence satanique). Et les hommes qui se tiennent la main dans la rue, leur femme trottinant 1 mètre derrière. Et la voilette de dentelle pépette-coquette des Algéroises, à l’oeil ourlé de khôl et aux talons hauts sous le haïk. Et leur formidable solidarité, leur bonté épicée, leurs cris que j’entends encore dans ma voix quand j’engueule Fiston. Et les 12 heures passées à l’aéroport d’Alger, au moment de l’émigration, parce qu’on ne voulait pas nous laisser partir.

Une chose que je sais pour sûr : je ne crois plus en Dieu, mais comme l’existence d’un Dieu bon quelque part m’a aidée à sublimer une enfance de merde, j’ai un immense respect et une immense curiosité pour la foi des autres- quand ils font pas chier le monde à s’en croire supérieurs, investis qu’ils sont d’une mission qu’ils veulent croire divine.

Un jour, je vous raconterai, je l’écrirai, mais pas aujourd’hui: mon coeur et ma raison ne savent plus où donner de la tête. Et la vôtre, chers Québécois, si vous saviez à quel point elle est dans les choux, des fois. Mais après tout, peut-être que c’est la mienne?

Voilà pourquoi je n’ai rien d’intelligent à dire. Parce que je ne sais pas comment font tous ces intelligents pour avoir un mot définitif sur la question; je n’en ai pas, et je n’en aurai probablement jamais. Voilà pourquoi je ne serai jamais une intellectuelle pur sucre (pur porc ?).

En attendant, si ça vous intéresse, je vous donnerai la recette du cassoulet. Ou celle du couscous.

Demain.

2 Commentaires

Classé dans C'est la vie, Même pas honte

2 réponses à “À la porte de la Casbah

  1. Les intellectuels vont parfois au fond des choses. Pis ils y restent. Bloup.
    Nage, flotte, fait le bouchon entre deux mers, entre deux mares, mange des pommes et souris rousse.
    des bises

  2. Anita: je nage, je surnage, je fais des bulles… et du cassoulet.

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