Ma poule

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Ça enferme des cris dans des bouteilles à épouvanter un petit garçon, pas tout à fait sûr qu’elle n’est pas un peu sorcière, et ça se lève la nuit pour l’aider à mieux respirer quand le méchant est pris dans ses poumons.

À peine les valises déposées, ça se rue sur le frigo et les bagels, ça fait du bruit, ça campe, ça mange, ça range et quand ça décampe, la maison est très-très vide, pleine de boîtes qu’elles a obligeamment remplies; les placards ont tout soudain pris un air très discipliné.
Ça vous connaît par coeur, au point de savoir de quoi on va parler avant le premier son. Deux, cinq, neuf ans qu’on s’est pas vues, loin des yeux-loin du coeur? Pas pour nous. On reprend là où on l’avait laissé il y a 9 ans : «Tu sais, je ne suis pas d’accord avec toi, il ne faut pas laver le poulet avant le le cuire. D’ailleurs, à 350, y’a pas grand-chose de méchant qui reste encore en vie.» Le chum, éberlué, se demande d’où on part. Nous, on sait : dans notre tête, y’a pas eu d’interruption. Évidemment, ça repère tout de suite le seul signe de notre ancienne vie commune dans la maison et ça hurle de rire : «T’as encore cette merdasse?» Et comment, qu’on l’a. On s’en séparerait pour rien au monde.

Ça teste vos matelas gonflables côté copulation et vous tient joyeusement au courant des cotes au jour le jour; personne pour réveiller aussi énergiquement qu’elle votre grain de folie glousseuse, même en plein stress traumatique post-proprio fou raide. Pas besoin de supplément de zénitude en pilules pour recommencer à voir les choses du bon côté :  on prend une marche, on vide encore un placard, et un p’tit bagel, 4 fournées de biscuits plus tard, le monde s’est remis à tourner rond.

Même quand elle est poche, la vie est quand même moins moche parce qu’on sait qu’elle existe, même loin. Elle trancherait la gorge de quelqu’un devant nos yeux qu’on chercherait ailleurs qui a fait le coup. La beauté, c’est qu’on sait aussi qu’elle n’essaiera pas.

Y a-t-il tant de personnes que ça sur la Terre pour qui on lâcherait tout, drette-là, si elle appelait au secours?

Comptez. Allez-y, prenez votre temps. Une main? Deux? Wow. Comptez-vous chanceux, trinquez à leur santé. Et à la mienne, tiens, tant que vous y êtes, parce qu’elle est partie et que les p’tits bleus ont pris sa place.

Dites-moi un peu, quelle idée d’aller s’installer si loin de ceux qu’on aime?

Vous dites? L’idée, c’est qu’il y en a d’autres ici? (soupir). Je sais, je sais, allez – m’en va mettre ma playlist Pep in my Step, ça va passer.

3 Commentaires

Classé dans C'est la vie, Famille, je vous aime

3 réponses à “Ma poule

  1. kennza

    Tellement vrai…

  2. Je comprends, je comprends tellement bien … Nous sommes là pensives, en pensant à tous les petits anges qui gravitent autour de notre coeur, malgré tt … Les km et le tps.

    Quoiqu il en soit, toujours se retrouver, comme si on s’était quitté la veille.

    Je n’oublie rien de tes mots et repasserai à l occasion, me ressourcer chez toi « choukette »

    Gros bisoux
    Une petite chouette qui passait par là

  3. eh ben… c’est un texte magnifique!

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