Heureux comme Dieu en France

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Tentes sur les quais du Canal St-Martin, Paris

À Paris, le sourire accroché à mes oreilles en permanence, enfin de retour au village , et malgré le sourire ébouriffé d’un amour éphémère, malgré le printemps, les fleurs, les quais, les musées, la saucisse d’Ardèche, le petit vin du coin, les hameaux de 1000 ans, les petits marchés et les petits bonheurs du jour – malgré toute la beauté du monde et au travers d’elle, j’ai vu aussi la France de Sarkozy.

Elle a peur, cette France-là. De perdre ses privilèges, sa francitude, ses frontières et ses repères. Entre l’Est et le Sud, entre laïcité et foulard, saucisse et repas cachères, elle se raccroche frileusement à sa république, ses normes et ses diktats, ses lois qui ne protègent plus que quelques heureux élus, et laissent dehors tous ceux qui n’ont pas réussi à franchir l’interminable course d’obstacles sociaux et économiques.

Pour la première fois, j’ai eu un aperçu un peu flou de ce que pouvait être l’Allemagne avant Hitler: inquiète de son avenir, cherchant désespérément un sauveur pour la sortir de son marasme.

Pour la première fois, j’ai entendu des gens affirmer fièrement leur vote : Le Pen au 1er tour, Sarkozy au second.

Le Pen n’accèdera pas au second tour, et c’est très bien. La France est soulagée, et nous aussi.

Les Français auraient-ils compris les dangers de la droite-toute? On aimerait le croire. Pourtant, écoutez Sarkozy: poli, propre sur lui, il n’éructe pas la haine, ne crache pas ostensiblement au visage de ceux qu’il ostracise, il appelle au rassemblement, à l’amour (!) bref, il est socialement moins caricatural… mais au-delà du vernis social, une rigidité, une fermeture, une certitude durcie qui font trembler, un œcuménisme qui sent le racolage électoral à plein nez.

«Heureux comme Dieu en France»? Le cliché aura vécu. La France, douce France, choisira probablement Sarko.

Le bon Dieu devra se trouver un autre paradis.

11 Commentaires

Classé dans C'est la vie

11 réponses à “Heureux comme Dieu en France

  1. Prof: mal? Je ne sais pas… plutôt un pincement au coeur devant l’inéluctable?

  2. Îles: mmm, des miracles… je suis comme une truie qui doute!

  3. Denis Thibault

    Il y avait un texte sur Sarkozy dans le dernier Devoir du samedi. Hmmm, c’est quoi cette réputation d’exploser comme ça? Est-ce cela l’ambition démesurée, la soif du pouvoir? Qui se reconnaît dans cette brutalité? Qui cela rassure-t-il au juste? Les bien nantis, les privilégiés? Comment le croire quand il affirme que la France ne laissera tomber personne? Y a-t-il là-bas, comme ici, ce phénomène, largement dictée par l’adoration des images, qui traduit une dilution de la pensée politique qui s’est muée en nuée de slogans électoralistes? Opinion publique disloquée, soumise au clientélisme opportuniste.

    Les enjeux. Quels sont les enjeux?

  4. Ah oui, je me souviens (pun intended) des élections de 81 quand Mitterand est entré. J’y étais. Toute jeune mais toute là. Et c’est vrai que c’était une surprise même si en rétrospective on peut évidemment dire que c’était prévisible (en rétrospective, on peut toujours prédire l’avenir).

    J’en ai marre qu’on dise qu’on ne va tout de même pas élire Ségo « juste » parce qu’elle est une femme! On a bien élu Giscard et ses diamants africains, Chrétien et ses commandites, Nixon et son Watergate, Bush et sa campagne de désinformation, etc… jusqu’à la fin des temps.

    Franchement, je ne vois pas comment Ségolène pourra faire pire.

  5. Denis: les enjeux? Retrouver une direction, sans doute, un sens que les Français s’inquiètent d’avoir perdu? Je ne sais pas, je ne suis pas politologue, mais c’est préoccupant.
    Blonde: non, Ségolène ne pourrait pas faire pire, c’est sûr. Quelqu’un d’autre va s’en charger…

  6. C’est gentil de penser à nous de si loin! Moi, je me prépare à la traversée du desert, et je tâcherai d’attendre patiemment la VI° (république)
    Les médias sont fascinés par l’homme, qui est un redoutable animal politique. Ils n’ont plus aucune distance. Résultat, si la blogosphère est très peu sarkosiste, les gens qui n’ont que la télé comme moyen d’information, le sont assez largement. Faudra survivre et ça me sera bien plus facile qu’à plein de gens. Mais si je ne crains pas grand chose dans mon quotidien, c’est dans l’idée que je me fais de l’homme et de la vie en société que je me sens très attaquée par ses thèses. Car ce n’est pas une droite opportuniste, c’est une droite très idéologisée.

    « Ne laissons pas les chacals brouter nos ideals! » (Les Têtes Raides)

  7. Denis Thibault

    Anita. Oh oui, on en parle beaucoup ici ces temps-ci. Ça nous habite.

  8. Problématique. Dangereuse France que voilà. Une France brisée, une France fatiguée. Une France qui n’espère plus, qui continue de se chercher sans y croire. Une France qui fonce droit vers le mur.

    Désormais, la gauche française n’existe plus. L’écologie française non plus. Le social français, par extension, n’est plus qu’un mythe dont les capitalistes se frottent odieusement la panse. Car nous y sommes. La France sarkoziste. Et ça fait mal, aussi, à ceux qui craignaient le pire. A ceux qui ont perçu les idées camouflées derrière un homme froid, imperturbable, calculateur.

    Une page de l’histoire s’est tournée. Mais ce livre me plaît de moins en moins.

  9. Laissez moi vous donner mon opinion de quelqu’un de l’extérieur qui , avant de voir le débat, n’avait aucune idée pour qui voter.

    Contrairement à plusieurs, je ne crois pas que les pays devraient être gouvernés à droite ou à gauche. Bien que les pauvres devraient avoir plus de soutient et les grosses compagnies pourraient en payer un peu plus, la classe moyenne devrait du même coup, souffler un peu plus…. Et je ne suis pas de la classe moyenne…

    Donc voici, ce que j’ai trouvé du débat. Bien que j’ai trouvé Mme Royal très solide en apparence, elle me semblait bien faible au niveau de ses projets futurs. Quand venait le temps d’élaborer sur les façons de faire, elle s’en remettait toujours (à plusieurs reprises) à de futures rencontres avec les partenaires sociaux et à « J’ai une recette ». Non seulement c’est pas fort, c’est ridicule…

    Si vous aspirez à devenir Présidente de la République, vous devez savoir ce que vous allez faire. Les gens ne voterons pas pour vous sur votre bonne volonté.

    Bien que les démocrates américains soient plus à droite que le PQ ou les socialistes francais, vous verrez comment Mme Clinton ou Mme Marois, au Québec, vont s’en tirer. Vous pensez que Mme Marois, qui est la seule à avoir occuper les 4 plus gros ministères du gourvernement dans l’histoire de la province de Québec, va se présenter dans un débat sans plans précis, sans projets chiffrés?

    Si vous êtes décus comme moi de l’élection de Sarkozi, vous n’avez que Ségo à blamer…..

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