La vie d’à côté

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 Le Loup et le Chien

  Un salaire avec plein de zéros, un poste prestigieux, une grande marque… tout pour changer de vie. Il aurait fallu être folle pour ne pas sauter de joie à l’idée de joindre leur grande famille. Mais… un malaise, un frémissement dans l’estomac, de tout petits commentaires étranges qui auraient pu passer inaperçus…

Une question, Monsieur: «Pouvez-vous me parler de la culture et des valeurs de votre entreprise?»

«Je ne crois pas à la culture, parce que la culture, ça se cultive, et nous, on est contre ça.»

Ah.

Rire gras: «Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver.»

Ah.

«Et puis il y en a qui nous croient laids au début et finalement, s’aperçoivent qu’ils sont aussi laids que nous.»

Ah, oui. Bon.

Dernière question: «Serait-il possible de visiter l’entreprise, s’il vous plaît?»

Passés les locaux glamour de la représentation publique, on passait aux choses sérieuses: les bureaux. Des rangées de cubicules cordés. Oh, c’est sûr: le salaire plein de zéros donnait aussi droit à un bureau «fermé», c’est-à-dire enfermé dans une boîte minuscule et sans lumière. Ces bureaux en cages à lapins révélaient la vraie nature de la job : produis et crève, on se fout du reste.

Des fois, on passe proche de changer de vie, et finalement, on prend le chemin de traverse. Beaucoup moins de zéros sur son compte en banque, mais pas de noeud dans l’estomac à l’idée de se rendre au travail, non plus.

Bah, dans le fond, ça rassure quand même : on pogne encore, même si c’est pas le bon!

Le Loup et le Chien, de Jean de La Fontaine

«Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin.  »
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
– Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.  »
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
– Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
– Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
– Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
 »
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.
»

8 Commentaires

Classé dans C'est la vie, C'est ma job

8 réponses à “La vie d’à côté

  1. Hmmm, ça doit quand même faire du bien de savoir qu’on a fait un bon choix, en passant outre une gro$$e tentation!

  2. Bonjour Tassili

    Je le mets là, mon commentaire, mais j’aurais tout aussi bien pu le mettre un peu partout puisque j’ai passé une bonne heure à vous lire, en haut, en bas, d’humeur sombre ou pas (en rime, waou).
    Je voulais simplement vous dire que vous écrivez merveilleusement bien. Fluide, drôle, beau.

    Belle journée à vous!
    Julie

  3. Cette fable de Lafontaine… aie. La nature de la bête n’a pas évolué d’un iota hein?! En tout cas, ça fait de vous une femme qui danse avec les loups!

  4. Miss O.: mets-en, passé le 1er moment de culpabilité (qui suis-je pour dire non?), je respire immensément!
    Julie: bienvenue chez nous… merci du beau compliment!🙂
    Blonde: mmm, une femme qui danse avec les loups… j’aime!😉

  5. Tassili, c’est incroyable ce que la vie peut nous reserver parfois. Vous avez bien eu raison d’ecouter vos instincts intuitifs🙂
    C’est que quelque chose de meilleur vous attends ailleurs.

  6. Je le dis toujours, il n’y a pas de hasard…!
    Certaines opportunités ne se présentent que pour nous permettre de réaffirmer nos choix et de nous souvenir des valeurs qui nous tiennent à coeur.

  7. Bluelulie: you bet!
    Véronique: je ne sais pas pour le hasard, mais j’adore cet adage : «Follow your bliss»
    Et quand le bliss n’est pas là, n’y allons pas non plus!

  8. Billet qui rejoint mes valeurs et mes choix de vie. N’empêche qu’à l’occasion j’ai quelques regrets pour les « 0 » manquants… Mais le sourire de ma fille et ses tendres caresses me font vite oublier ces regrets éphémères…

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